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Explorer l'univers des auteurs Tamyras

Le puits du serpent

by Aurélie Carton 28. octobre 2009 03:19

« C’est maintenant qu’il faut reprendre vie», a dit l’homme au chèche. Elletend la main. L’homme reste immobile. Ses yeux la fixent, si sombres que lapupille se dilue dans la prunelle. Elle voudrait échapper à ce regard qui lascrute, se sent bête, avec cette main ballante dans le vide. L’homme a ôté sonchèche, ses cheveux sont ensuqués de sable, de sel, de vent et de liberté. C’estla première fois qu’elle le voit nu-tête. Ça la gêne un peu. Sans un mot, lenomade s’éloigne à la recherche des dromadaires qui étêtent goulûment desacacias. Le plus vieux blatère. Un râleur. Elle grimpe sur la bosse, s’engoncedans une torpeur bienfaisante, rembobine le film des derniers jours. La dunefrissonne, blonde et douce. Tout est bien maintenant.

 

Cela fait une semainequ’elle a atterri à Attar, dans le cœur désertique de la Mauritanie. Attar,capitale de l’Adrar, point de départ des trekkeurs occidentaux qui se la jouentméharée l’espace d’une semaine. Elle ne fait partie d’aucun groupe. Son voyagen’est pas une échappée. Elle cherche bien autre chose. Dans l’avion, l’humeur destroupes est joyeuse. Calée dans sa solitude, elle reste étrangère à cetteliesse indécente.

 

Dès la descente de lapasserelle, un souffle chaud la happe. Les douaniers mauritaniens tendent avecbonhomie une liasse de papiers bleue, jaune et rose à remplir. Nom, prénom,profession, devises… Prénom du père aussi. Là, elle a tiqué. Pif, paf, letampon du visa la propulse vers la sortie. Tout est poussière et cendre, cubesde béton hérissés de picots métalliques rouillés. On l’avait prévenue, Attarc’est un trou du cul du monde sans passé, ni futur, un ensemble hétéroclite debicoques et de souks érigés pour capter la manne touristique chaque dimanche àla descente du vol, entre 15 et 20 heures selon les retards et chaque samedi,sensiblement aux mêmes heures avec le même risque de retard pour le vol duretour. « On passe le sas de lalaideur avant d’entrer dans la beauté du désert », a expliqué un type,en rigolant. Elle ne trouve pas ça drôle. Elle n’aime déjà pas la plage alorsle désert… Elle a juste un rendez-vous.

 

Une journée à Attar,au milieu des essaims de vendeurs à la volée et une nuit à pester contre lesmoustiques. Puis le départ en 4x4 par la passe d’Amogjar. « C’est le clou », précise lechauffeur en esquissant un mouvement aussi vaste que l’espace qui s’étenddevant eux. Comme si elle était venue au spectacle. Elle se fiche des vertussupposées du désert, son silence apaisant, la quête de sens, toutes ces conneriesrabâchées par ses proches lorsqu’ils ont appris son départ pour la Mauritanie. Riencompris, pas grave. Elle veut voir où ça s’est passé, comprendre pourquoi il partaitlà-bas. Elle aurait été au pôle nord si besoin.

 

« Nous descendons vers Chinguetti, classée aupatrimoine de l’Unesco », pérore le chauffeur. Elle n’écoute plus, fouillesa mémoire pour retrouver les propos de son père expliquant l’itinéraireAttar-Chinguetti devant une carte qu’il avait dessinée à partir de ses propres relevés.Elle se souvient de sa voix chaude lui contant l’épopée de Théodore Monod, et saquête d’une météorite mythique. Elle revoit le sac à dos beige à lanière decuir, la gourde en plastique bleue, les godillots à lacets rouges, tout ce bardaposé près de la porte d’entrée. Et le départ de son père à 6 heures dumatin le 27 janvier 1998. Le baiser d’adieu sur son front, il y a dix ans.

 

Elle arrive de nuit àChinguetti. La vieille cité est enfouie dans le sable, la nouvelle villeengloutie dans l’obscurité. Seules quelques loupiotes électriques scintillent.Elle a froid, extirpe une polaire et un bonnet de son sac. Un nomade lui tenddes gants. Elle hésite puis les enfile en marmonnant merci. L’auberge est déjàendormie, les sportifs se couchent tôt et leurs guides en profitent pourpalabrer. Ils l’invitent à partager les trois thés du désert le premier douxcomme l’amour, le second acre comme la vie, le troisième amer comme la mort. Ellevoudrait manifester un peu de sensibilité à la poésie de ce proverbe local,grimace un sourire et prétexte la fatigue. Juste envie de se pelotonner dansson duvet, d’étancher un chagrin. En vain, son système lacrymal s’est asséché.

 

A l’aube, lestouristes méharistes s’éveillent. Le chant du coq est vite couvert par leurbrouhaha. Ça caquette dans toutes les piaules. Elle épie leur départ avant desortir de sa baraque. L’air est frais et la cour pimpante. Elle imagine lesgestes de son père au petit matin dans cette auberge. A quoi pensait-il ? Aqui pensait-il ?

Un plateau se trouveposé juste devant sa porte : café lyophilisé, œuf, pain de mie, confiturede fraise, pommes fripées. Elle touche à peine à la nourriture, commed’habitude. « Faut manger »ressassent à l’unisson sa mère, son compagnon et son médecin. Elle ne peut pas.Elle n’en peut plus.

L’ombre projetée d’unnomade vient tracer une oblique sur le plateau en cuivre. L’inconnu estimmense, vêtu d’un boubou bleu clair brodé de fil doré et coiffé d’un chèchenoir. À son doigt brille une étrange bague argentée. Assise face à cet homme,elle se sent fragile. « Si tu veuxmarcher, mange », ordonne l’inconnu. Sans broncher, elle tartine lepain de confiture.

 

« C’est toi qui veux aller au puits du serpent ?»

L’homme au chèche ladévisage attentivement, sans chaleur. Elle hoche la tête, la bouche pleine.

« On part dans deux heures. »

Serait-ce lui Sidi,le guide embauché par son père ? L’homme au chèche s’appelle Sidi LahcenMohammed ibn Najma. Mais à Chinguetti tous les hommes s’appellent Sidi… Alorselle marche.

 

Ils quittent l’oasis àmidi avec un chamelier, un cuisinier et quatre dromadaires. Direction pleinsud. Elle a mille questions mais sa gorge reste nouée. Pieds nus, l’homme tracele chemin à travers la dune. Elle le suit, les yeux fixés sur les frises queles pattes des moula-moula bicolore et des lézards monochrome dessinent dans lesable. Un scarabée à la carapace ébène plonge la tête dans le sable à leurapproche. Sous l’immobilité factice du désert bruit une vie intense. Jamais lamouche ne renonce. Elles sont cinquante à bourdonner autour de sa têtedouloureuse. Seul le dromadaire aux longs cils s’en fiche.

 

L’homme au chècheconnaît tous les types d’acacias, l’attildont les branches servent de brosse à dent, le Teisht qui donne un fruit huileux dont se délectent les moutons etles chèvres, l’ataleh, le meilleurpour le feu, sa fumée purifie les yeux et l’ignine,fleuri de minuscules boutons roses comme autant de miracles dans le désertstérile.

 

Le deuxième jour,elle fatigue, trébuche, peste. Le guide ne faiblit pas. « Il me teste, le salaud », pense-t-elle. Ça fait longtemps qu’elle n’a paséprouvé cette émotion, de la colère mêlée à une sorte de fierté. L’ombre d’un sourireégaye les yeux du nomade. C’est lui, l’homme au chèche que son père décrivaitpar petites touches à chaque retour de voyages. Oui, c’est sûrement son Sidi.

 

Elle marche de l’aubeau coucher du soleil. Le soir, l’homme au chèche part en quête de bois, lechamelier desselle les bêtes tandis que le cuisinier sort son attirail,cocotte, gamelles en fer-blanc, semoule, légumes étiques. La galette cuitlentement sous les braises. Le dîner est savoureux, elle se ressert de couscousou de soupe aux lentilles. Elle a peur de ce temps offert à ne rien faire. Ellepanique devant l’espace infini des dunes, l’intimité avec ces étrangers, leface à face au-dessus du feu. Sidi l’a perçu. Il se moque quand elle hésite àprendre son livre pour meubler le silence. Et puis, il lui apprend, sans riendire à habiter, ce temps. La nuit les enveloppe et les étoiles s’allument une àune. Après le repas, on fume, on boit le thé, on dort sous une lune crayeuse.Ses nuits à elle sont peuplées de fantômes, ou plutôt d’un fantôme.

 

Qu’était venu faireson père pendant douze ans, chaque hiver dans ce désert hostile ? Censéécrire un livre sur Théodore Monod, il avait laissé le bouquin en plan sanspourtant renoncer à son séjour annuel en Mauritanie. De ses voyages, ilrentrait légèrement changé, comme si de subtiles différences sédimentaient saphysionomie au fil des ans, transformant cet homme bon vivant et solaire en ascètesilencieux, regard aiguisé, silhouette sèche.

 

C’est le troisièmejour, vers midi qu’ils atteignent le puits du Serpent, près d’un acacia. Lecuisinier étale une natte, le chamelier puise de l’eau et l’homme au chèche s’assoiten tailleur. Il se racle la gorge. Elle est tendue. « C’est là qu’il est venu à son dernier voyage. Il savait que lepuits du Serpent c’est la meilleure eau du désert. Tout de suite ton père m’avaitplu, je l’attendais chaque hiver à l’aéroport d’Attar. Au début il parlait beaucoupde Monod, de son livre, puis de ta mère et de toi et puis Dieu aussi de plus enplus. Ensuite il se taisait pour aller prier au sommet de l’erg. Il restaitlà-haut des heures. Les gens de ma tribu le considéraient comme l’un des leurs. Maisje savais qu’il n’était plus ni chez vous, ni chez nous, juste ailleurs.»

 

Le nomade avale unegorgée d’eau.

«  Un jour ton père  m’ademandé de le mener au puits du serpent. On s’est levé tôt, on a marchélongtemps, longtemps … Il était fatigué alors je lui ai proposé de monter surle dromadaire. Quand on est arrivé au puits, je me suis retourné pour l’aider àdescendre et j’ai vu que son esprit n’était plus là. »

 

L’homme au chèche laregarde. Ses yeux ont perdu leur dureté minérale. Le plateau rocailleux trembleau soleil de midi. Elle sent les larmes couler sur ses lèvres sèches. Combiende temps est-elle restée comme ça sous l’acacia ? Quand elle s’est enfinlevée, le désert avait viré au mauve. Sidi a répété : « C’est maintenant qu’il faut reprendre vie»

Il lui a donné cette bagueargentée qu’elle porte aujourd’hui au majeur parce que l’anneau est un peularge.

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Laila Zahed

by Laila Zahed 22. octobre 2009 06:19

Une erreur s'est glissée par mégarde dans le numéro de téléphone de Kobati rénovation. Voici le bon numéro à retenir: 01 45 57 45 42

L'institut de beauté Lilas Rose a récemment ouvert une nouvelle succursale au 3 rue Clodion, téléphone 01 45 75 03 98

La créatrice de bijoux Lara Koulajian peut être contactée directement sur son numéro privé : 01 42 64 82 78

A signaler une autre agence immobilière libano-française, l'agence Actea, www.actea-conseil.fr qui offre un conseil personnalisé et un suivi efficace dans plusieurs arrondissements de Paris. Adresse: 26, avenue Bugeaud, 75116. Téléphone: 01 53 70 60 40

Jacqueline Bassoul est graphiste et crée à présent une sympathique ligne de T-shirts avec calligraphie arabe, qu'elle vend à l'Institut du Monde Arabe, dans plusieurs points de vente de part le monde, et en ligne sur son site web  www.ferka16.com , un petit clin d'oeil nostalgique à notre police locale

Byblos traductions a déménagé bien loin de Paris. Sa fondatrice, Hawa el Hassan, a maintenant élu domicile à Dubai

Le site web de la compagnie de réservation en ligne de taxis, Taxi 75 est www.taxis75.fr (bien noter taxis au pluriel!)

Notre Star Chef, Karim Haidar, n'est malheureusement plus associé au restaurant Liza, mais vous recevra exclusivement dans son propre restaurant, La branche d'olivier (voir pages 38 et 39)

 

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Bloody Mary Afternoon - Episode 1

by Claude El khal 22. octobre 2009 06:10

 

- Je fais du poulet pané avec une salade tomate mozzarella ou un bon filet sauce tartare avec une salade rocca parmesan?


Mary-Elizabeth Butterworth s’était posé cette question toute la journée. Elle n’arrivait à penser à rien d’autre. De réunion en réunion, la journée n’en finissait pas de finir. Le temps, comme dans un ralenti de film de pub, semblait s’étirer indéfiniment, inutilement. Sirupeux et guimauve. Chiant comme un sale gosse à qui on a envie de mettre une grosse claque bien retentissante, de celle qui marque la sale joue ronde d’une belle marque rouge où l’on verrait nettement, à l’endroit de l’impact, la main aux doigts écartés.


Pourtant Mary-E. , comme l’appelaient ses collègues, essayait de faire bonne figure. Souriante, aimable, affairée, une bonne petite abeille. Elle avait décroché ce job il y a un peu moins d’un an, et ne comptait le lâcher pour rien au monde. Surtout qu’en ce moment, on parlait beaucoup de crise, de chômage, enfin de toutes ces choses qui nous font fermer nos gueules et remercier le ciel pour la médiocrité de nos vies.


- T’es sure que ça va? Lui avait demandé Emma, une vieille copine qui ressemblait étrangement à un lapin filiforme et blond.

Mary-E. l’aimait beaucoup. Emma avait depuis toujours fait office de confidente et d’ange gardien. D’ailleurs c’est elle qui l’avait discrètement pistonné au sein de la boîte. Mary-E. a essayé d’esquiver, mais devant l’air entendu et déterminé de son amie, elle finit par lâcher le morceau.

- Marvellous Martin vient dîner ce soir…
- Marvellous Martin? Ce soir? Dîner? Où? Chez toi? Salope!

Toutes les nanas de la boîte avaient un jour ou l’autre fantasmé sur Marvellous Martin. Mais aucune d’elles n’avait réussi à se le taper. Frustrées, elles avaient fini par se consoler en se disant qu’il était gay. Bien qu’au fond, elles savaient bien que ce n’était pas vrai.

Marvellous Martin, de son vrai nom Martin Collis, avait décroché ce surnom il y a déjà une dizaine d’année. Jeune prodige de la production publicitaire à la fin des années quatre-vingt, il était devenu très rapidement l’un des princes de Soho, l’antre londonien de la production, et, curieusement, de la prostitution et du sexe. Il était aujourd’hui, la quarantaine bien entamée, l’un des partenaires de la plus grosse et plus prestigieuse boîte de post-production de Londres, The Post Office, au sein de laquelle travaillait Mary-E.

Ce surnom de Marvellous Martin n’avait rien à voir avec sa merveilleuse personnalité, ni comme l’ont prétendu certaines avec ses prouesses sexuelles, mais parce que marvellous était sa réponse à toutes questions et l’unique commentaire à tout évènement: Bonjour Martin, ça va? Marvellous! On déjeune ensemble? Marvellous! Deux avions se sont explosé dans les tours jumelles du World Trade Center à New York… Marvellous! Évidemment chaque marvellous avait sa tonalité propre, tantôt joviale, tantôt perplexe, parfois cynique ou sarcastique.

C’est au cours d’un business lunch très arrosé dans un resto branché de Dean Street que Mary-E. avait attiré l’attention de Martin. Il l’avait observé pendant tout le repas, et au dessert, il lui avait souri et murmuré un marvellous plein de sous-entendus. Quelques jours plus tard, ils s’étaient retrouvés au pub du coin. Après plusieurs pintes de bière et verres de chardonnay, Martin acceptait l’invitation à dîner de Mary-E.

Pourtant Mary-E. ne savait pas faire la cuisine. Elle s’était bien essayée aux occasionnels scrambled eggs et même une fois avait royalement raté une pourtant très traditionnelle kidney pie. Mais dans l’absolu, cuisiner c’était pas son truc. Elle avait proposé à Martin de venir dîner, un peu par désespoir de cause, n’ayant pas trouvé un moyen de se faire inviter chez lui. Et pour arriver à ses fins, elle avait besoin d’intérieur, de lumière tamisée, de musique suggestive, et bien évidemment de beaucoup de vin. Le repas, lui, n’était qu’accessoire. Mais bon, elle ne pouvait pas lui servir quelque chose d’immangeable, ça gâcherait tout. Elle s’était donc plongée dans les oeuvres complètes de Jamie Oliver, un jeune chef devenu star médiatique après avoir réussi, non sans talent, à effacer le côté bobonne des cuisines et leurs donner un air très tendance. Elle avait fini par trouver son bonheur, mais s’était heurtée à un choix cornélien: poulet pané avec salade tomate mozzarella ou filet au poivre avec salade rocca parmesan.

En arrivant au supermarché, elle décida de ne pas décider. Elle était déjà très en retard, si en plus il fallait faire un choix, elle n’était pas sortie de l’auberge. Elle avait fait l’erreur de prendre sa voiture, et s’était retrouvée coincée dans plusieurs embouteillages. Le premier en sortant de Soho. “Évidemment…!” ragea-t-elle. En effet, ce quartier île au coeur de Londres, que les autochtones appelaient poétiquement West End, était encerclé par des rivières de piétons et des fleuves de voitures et de bus se déversants dans les très touristiques Piccadilly Circus et Leicester Square et les très fréquentées Regent Street, la huppée, et Oxford Street, la populaire. Elle avait bien essayé de s’échapper en passant par Totenham Court Road au sud, mais rien à faire, c’était bouchonné de partout.

Après plus d’une heure à rager derrière son volant, le second embouteillage a fini de réduire ses nerfs en miettes. Sur l’interminable Fulham Road, au sud-ouest de la capitale, la file de voitures ressemblait à un long serpent paresseux. Elle voulait hurler, dire à tous ces cons, de pousser un peu leur carcasse, de la laisser passer , qu’elle avait rendezvous avec l’homme le plus sex de la planète, qu’elle devait encore faire les courses, concocter un bon petit repas, prendre sa douche et s’arranger, choisir l’uniforme adéquat, pas trop sage pas trop pute, et faire disparaître de son appartement toutes traces de son humanité, tampons, pilules, comprimé anti-ballonnement… Finalement, elle réussit à atteindre le Safeway de Fulham Brodway, à quelques minutes de chez elle.

Elle avait acheté de quoi préparer du poulet-tomate-mozzarella et du filet-rocca-parmesan, se disant qu’une fois dans sa cuisine, elle verrait bien. Elle avait balancé les sacs dans le coffre de sa voiture et s’était précipitée vers Harbord Street, une rue résidentielle calme bordée d’arbres, où elle avait acheté une semi-maisonette victorienne depuis six ou sept mois. Évidemment, il n’y avait pas de place où se garer. Elle maudit l’industrie automobile, cette grosse salope polluante, et partit à la recherche d’une place vide.

Deux rues plus loin, miracle, elle réussit à coincer sa voiture entre une grosse Volvo qui avait atteint largement l’âge de la retraite et une nouvelle Coccinelle jaune vif. Elle sortit précipitamment les sacs du coffre et se dirigea d’un pas rapide vers Harbord Street. Soudain elle fut assaillie par une flopée de questions angoissantes: et si Marvellous Martin ne venait pas, et s’il venait mais avait changé d’avis, et s’il n’avait pas changé d’avis mais qu’elle, au moment fatidique, elle se dégonflait, et si elle ne se dégonflait pas mais que Martin était vraiment gay et ne
cherchait en fait qu’une copine à qui il pouvait dire du mal de ses boyfriends… L’esprit embué par toutes ces questions, Mary-E. ne remarqua pas les deux adolescents, un petit brun et un bébé géant de seize ans, qui la suivaient, une petite caméra vidéo à la main.

Les bras meurtris par le poids des courses, elle décida de faire une petite halte. Elle posa les sacs par terre et respira profondément. Elle sentit un objet froid lui toucher la nuque. Elle se retourna et réprima un cri. Le canon d’un revolver se posa sur sa bouche. À l’autre bout du canon, le petit brun. Il sourit.

- Pas un mot ma belle blonde.

Son camarade, resté plus en arrière, filmait la scène, hilare.

- Bonsoir ma belle, on va être gentille et on va se mettre à genoux.

Mary-E. semblait pétrifiée. L’adolescent s’énerva.

- À genoux conasse!

Tremblante de partout, Mary-E. s’exécuta.

- Ne me faites pas mal, s’il vous plait, prenez ce que vous voulez mais ne pas faites pas mal…
- Maintenant, on va mettre ses mains sur la tête.

Elle obéit.

- Bien, très bien…

L’adolescent pointa le canon de son revolver vers la tempe de Mary-E. Elle se mit à pleurer.

- Du calme, c’est juste un mauvais moment à passer.

Il regarde vers la caméra tenue par son ami.

- Prêt, Junior?
- Prêt, Georges!

Georges sourit et ajusta sa pose comme il avait vu faire dans les films.

- Show time!

Junior ajusta le zoom, avant, puis arrière, puis avant, puis la caméra s’éteignit.

- Merde…

Il voulut arrêter Georges, mais avant qu’il put ne prononcer un mot, le coup de feu retentit. Et le corps de Mary-E. s’effondra entre ses sacs.

L’air triomphant, Georges se tourna vers Junior.

- Alors, comment c’était? C’était bien?

Junior se mordit la lèvre.

- Euh, ouais, super bien, super, euh, mais euh, je crois qu’on a besoin d’une deuxième prise…

( à Suivre )

 

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Faux et usages de fautes.

by Dounia Mansour 22. octobre 2009 06:08

Tout a commencé lorsqu’un jour au cours d’une banale conversation, un ami français relève une erreur dans mes propos, j’avais dit : UN échappatoire !   Après vérification, je dus me rendre à l’évidence, je ne pouvais échapper à la féminité de l’échappatoire ! Depuis lors, je me rendais compte graduellement que de nombreuses erreurs passent inaperçues tout simplement parce qu’elles sont reprises et répétées par tout le monde. Ces répétitions et leur usage abusif leur donnent une légitimité douteuse et l’illusion de l’exactitude. C’est ainsi que j’eus l’idée de glaner nos erreurs et expressions franbanaises. Ainsi naissait  Faux et usages de fautes.

 

 

D’AUTRES EXPRESSIONS QU’ON NE DIT PAS:

 

 

 

♪♫  UN JOUR OUI, UN JOUR NON, UNE LIGNE OUI, UNE LIGNE NON ♫♫♫      Un jour oui, un jour non. Une ligne oui, une ligne non, ces tournures fautives répandues dans la société francophone locale et qui résonnent comme un refrain de chanson constituent une spécificité franbanaise, meilleur cru. Oublions le refrain et optons pour  la tournure exacte : un jour sur deux, une ligne sur deux.

 

 

J’AI FAIT UNE OPERATION (CHIRURGICALE)  Un arabisme tenace chez nous et qui sous entend que nos patients libanais font des opérations et auraient donc tous des talents médicaux ! Mais ce n’est pas le patient qui entreprend l’acte chirurgical mais bien son chirurgien qui ne lui fait pas son opération mais qui l’opère. Tournure juste : Le patient subit une opération ou une intervention chirurgicale.

 

Et ainsi de suite, à force de réfléchir en arabe ou en anglais, nous adoptons des tournures de phrases assez particulières et des emprunts qui nous collent à la peau  et c’est un  tour de force que de les abandonner même si pour certains ils font le charme des habitants du pays du cèdre ?

 

 

Cet espace est ouvert à toute nouvelle suggestion.

Rêves:

 

     -     Que les dirigeants moulés par la Sagesse dirigent notre planète

      -    Un Etat fort, un Etat de droit au Liban garantissant l’égalité de tous            devant             la loi.

-          Le Liban, un pays laïc

-          Plus de droits pour les femmes

-          Que la protection de l’environnement soit la priorité de l’Etat libanais. Entre autres, abolir la loi sur la construction qui autorise le paiement d’une indemnité  en cas de violation ! Voter une nouvelle loi stipulant la démolition de la construction illégale en cas de violation.

 

 

Ma folie moto : Conduire ma moto une suzuki 650 xl trail bike sur les routes sinueuses de nos montagnes. Information pour le blog de Tamyras Dounia Mansour Abdenour

Mes poèmes:

 

Sur les rives de Babylone

 

 

Sur les rives de la terre des peuples sacrifiés

Conduits au désespoir, captifs et humiliés

Ont du courber l’échine devant les titans

Depuis la nuit des temps,

 

De tout temps, en tout lieux, soumis ou conciliants

Les faibles ont pâti de la force des grands

Vaincus sans péril, captifs de la misère,

Condamnés de la terre,

 

Dominés, asservis par de puissants requins

Leur ayant imposé des contrats léonins

Et réduit à néant leurs velléités

Mort-nées de liberté;

 

Quels sentiers de justice devrons-nous emprunter

Dans un monde cupide aux valeurs désertées?

La résipiscence s’est perdue sur le chemin

Des jours sans lendemains,

 

Reviendra-t-il sur terre le temps béni des sages

Qui jadis ont guidé par leurs heureux présages

L’humanité errante se cherchant à travers

Les prières ou les guerres?

 

Reviendra-t-il le temps des mutants accomplis

Du Seigneur, des rois mages, panoplie

D’éclairés et savants de la sobriété

Comme de l’équité?

 

Quand donc régnera la science conscience

Maîtresse des destinées de l’humanité

S’abstenant d’user de sa propre puissance

Par l’Ordre du Silence?

 

Lorsque les vertus regagneront leur place

Quand du Nazaréen les préceptes sagaces

Et les lois de Salomon auront raison

De l’inique déraison,

 

Alors par la Sagesse régneront les rois

Par Elle les princes décréteront le droit,

Les fruits de la sapience sonneront l’appel

Sur le Grand Archipel,

 

Alors un monde nouveau, une âme nouvelle

Pétris de l’amour du vivant sous le ciel

Seront la mesure de la grandeur humaine

Ayant banni la haine,

 

Sur les fleuves de la terre les peuples libérés

Conduits vers la gloire sans atour ni apprêt

Ne courberont plus l’échine devant les titans

Jusqu’à la nuit des temps.

 

 

Recommencement

 

Renaître ailleurs et autrement

Pour vivre à l’ombre des erreurs

Jalonnant si résolument

Le cours d’un vivant amateur

 

Renaître ailleurs et autrement

Sans puritanisme feint

Ni extrême débridement

Avec le désespoir éteint

 

Que de la présente existence

Ayant dégagé les leçons

Du cours des choses et de leur sens

L’emporte alors la raison

 

Refaire le tour d’une autre vie

En ayant pour vertus choisi

La sagesse de la vieillesse

Et la vigueur de la jeunesse

 

Renaître ailleurs et autrement

Semant la joie longanime

Renaître ailleurs et autrement

Devenu l’Homme selon Kipling

 

 

            Extrait de ‘Fugues intemporelles

            Dounia Mansour Abdelnour

 

 

Ce n’est pas parce que l’essentiel est invisible pour les yeux qu’il faut renoncer à le voir.

DMA

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La femme cerf-volant…

by Belinda Ibrahim 22. octobre 2009 03:17
Trois consonnes et trois voyelles désignent cette fée pluridimensionnelle. Elle a la délicatesse des précieuses opalines et la force intérieure des philosophies de Chine. La femme cerf-volant vit dans son propre monde et plane au-dessus de l’univers des autres un brin désenchantée. Il faut dire que les choses de la vie lui ont appris à ne s’attarder que sur les rares moments essentiels devenus par un sort tragique, éphémères. Depuis que « le pays des larmes » a secoué son cœur à trois reprises et sans préavis, elle s’est convertie à un Carpe Diem façonné sur-mesure pour survivre à tant de douleur assénée. La femme cerf-volant vit sur un nuage éthéré et badine de l’aube au crépuscule avec les étoiles. Les jours de fête, ces dernières seront sa tenue de soirée rêvée pour un inoubliable bal qui fera danser toutes les cellules de son corps. La femme cerf-volant est reliée à la réalité par un mince fil quasi-invisible. Des fois où elle force un peu trop dessus elle l’entend gémir, une manière de la rappeler en quelque sorte à l’ordre lorsque la tentation des espaces libres l’interpelle comme le chant des sirènes. Cette poète dans l’âme sait que le bonheur absolu n’existe pas et que la vie n’est faite que de parenthèses magiques qui servent de trait d’union à son cheminement terrestre. Ses aspirations sont inordinaires et son entourage souvent loin, très loin de la contenir dans toutes ses nuances. On la pense rebelle alors qu’elle est naturelle, on l’affuble d’un tas de qualificatifs préjudiciables alors qu’elle vient d’ailleurs, qu’elle appartient à une autre race, qu’elle parle une autre langue même si elle utilise des mots qui semblent familiers à ses interlocuteurs. La femme cerf-volant est une écorchée vive, une âme passionnée, une questionneuse de destin. Elle se révolte contre toutes les injustices de ce monde mortel auquel elle appartient malgré elle et trouve son réconfort dans la musique des mots. Elle a le don de les aligner pour en faire une partition à chaque fois unique et jouer de sa vie comme une symphonie orchestrée par ses soins. C’est une concocteuse de contes qui joue avec les chimères et les elfes et redessine les contours de son monde avec sa philosophie pour boussole. Elle est l’amie des papillons, des oiseaux et de tous ceux qui portent des ailes… et puis la jolie dame est si bien installée sur son nuage qu’il faudrait bien plus d’une courte échelle pour envisager un face à face avec elle ! C’est sur les chemins d’un hasard virtuel que vos voix se sont mêlées sur la pointe des pieds, puis accordées, alors que vous auriez eu mille fois l’occasion de la rencontrer et que ca ne s’était jamais fait. Sans doute que le timing de la vie suit les variations d’un tempo dont les secrets vous échappent mais ce qui est certain c’est que votre amitié n’était peut-être pas vouée à exister avant ce moment là. Peut-être même que vous vous seriez croisées dans une politesse teintée d’indifférence alors que sur la toile et à travers des échanges intra-muros vous vous êtes découvert des affinités étonnantes et une télépathie à la limite bouleversante. Deux inconscients branchés l’un sur l’autre qui de temps en temps se racontent ? Peut-être… Et lorsque le post virtuel vous a réunies l’espace d’un café, vous vous êtes assurées que ce lien là était appelé à durer. Cela pourrait se résumer dans la rencontre de deux sensibilités similaires qui parlent souvent l’une pour l’autre ou mieux encore pour s’entendre dire l’essentiel les fois où vous tanguez et que votre frêle esquif dérive de son cap. La femme cerf-volant est si pétrie de nostalgie qu’elle remue simultanément la vôtre. C’est un peu comme si elle avait déjà vécu si intensément plusieurs vies, que son passé à lui seul lui servira de guide pour l’avenir. Alors, elle vivote et observe le monde et son tumulte avec un sourire du coin des lèvres… et un regard qui est sans aucun doute le reflet de sa belle âme.

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Le Marchand de Sable…

by Belinda Ibrahim 22. octobre 2009 03:04
Il surgit dans votre vie au moment où vous vous y attendiez le moins. Bien après les périples de l’enfance et les feux follets de l’adolescence. Juste au moment où la vie vous somme de payer vos taxes pour avoir basculé-contre votre gré- dans la sordide réalité du monde des adultes. Son premier « Bonne nuit les petits » adressé sous forme d’un petit clin d’œil du côté de vos compagnons de la tendre enfance « Nicolas et Pimprenelle » vous renvoie en moins de deux en régression quasi-fœtale ! Vous lui répondez sur le même tempo et de signes discrets en messages beaucoup plus consistants, vous voilà en relation intersidérale avec Le Marchand de Sable, cet être merveilleux que la Providence a placé sur votre chemin un soir où vous vous languissiez de l’heureux temps où vous étiez convaincue que le Père Noël n’était pas une ordure… Un cadeau inestimable en ce mois de fêtes : il vous saupoudre de sa poussière d’or tous les soirs avant de vous coucher et façonne vos rêves aux douces couleurs de l’enfance. Depuis que Le Marchand de Sable a investit votre espace, vous ne vivez plus que dans l’attente de ses mots et de son précieux passage au chevet de votre sommeil… Vous vous découvrez d’emblée une multitude de passions communes, plus particulièrement celle de l’écriture …Les messages se suivent sans se ressembler, tissés sur la toile d’une émotion surgie d’ailleurs, le charme opérant naturellement, spontanément, comme si vous étiez des amis de toujours. Le Marchand de Sable vous emmène de go dans une autre dimension : là où tout n’est que mélodie du bonheur. Vous planez à deux et cela vous semble merveilleux, ce contact irréel avec une personne bien réelle mais que le destin vous avait caché jusque là, sans doute pour vous balancer son joker au moment où les aléas de vie vous oppressent. Une relation intime se tisse entre vous et ce pourvoyeur de rêves : il devient votre confident et vous êtes sa muse. Vos plumes réunies donnent naissance à des proses qui vous laissent tous les deux bouche bée. Les mots coulent de source et vous vous racontez l’un à l’autre avec une aisance qui vous étonne tous les deux. Il se confie avec une sincérité inégalée : du Crystal pur sans rainures. Vous faites de même et scellez un pacte d’entente signé sur les ailes d’un papillon qui passait par là et qui s’est proposé d’être le témoin de votre union spirituelle, à savoir qu’entre vous nul question de verser dans les demi-mots lorsque vous avez le poids d’un mot tout entier en tête. Vous voici retombés en adolescence à attendre les messages de l’un et de l’autre, les mains glacées, le cœur cognant dans votre poitrine, les joues rougies par l’émotion, le souffle coupé par la force et la puissance de vos mots…Vous vous surprenez à écrire des poèmes bien en rimes alors que cela ne vous était pas arrivée depuis les classes complémentaires, moment crucial où chacun se pense un Rimbaud en puissance et essaie d’aligner quelques vers non sans peine. Mais voilà que les rimes que vous vous échangez au rythme des pulsations de votre cœur s’avèrent dignes des grands de ce monde, toute modestie mise à part. Mais…parce qu’il y a un MAIS, puisque jamais un bonheur ne peut être complet, le hic se trouve dans vos situations géographiques sur la Planète Terre…qui sont diamétralement opposées et que de mers et moult océans vous séparent ! Qu’à cela ne tienne ! Quel autre merveilleux moyen de transport que le nuage de Nounours mis à votre disposition par vos amis d’enfance ? Soit ! Vous vous y retrouvez donc toutes les nuits pour une belle symphonie à deux voix, celle que vous avez voulue unique, celle qui le demeurera toujours. Parce que c’est vous, et parce que c’est lui…

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Conseils au voyageur

by Aurélie Carton 21. octobre 2009 12:16

Choisisle sac plutôt que la valise

Ilte laisse la main libre pour saluer

Abandonnela carte, le guide, la boussole

Etdemande donc ton chemin à l’habitant du coin

Bouleversetes plans, inverse ton itinéraire

N’oubliepas l’Opinel pour partager la pomme et le gobelet pour offrir un peu d’eau

Jetteau champ ton chapeau et préfère le foulard

Tuen feras un voile, une attelle, une nappe, un mouchoir

Conservedans une boîte les trésors du chemin

Otede ton poignet cette montre qui t’entrave

Apprendsquelques vers, ils combleront tes instants de solitude

Apprendsune prière, elle s’immiscera dans tes moments de plénitude

Retiensles visages mais ne t’embarrasse pas de photos

Enfouisle passé, efface le futur et conjugue au présent

Necrains ni la poussière ni les fatigues

Rêvele jour, écris la nuit

Enfinoublie tous mes conseils mais souviens-toi de moi

 

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