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Explorer l'univers des auteurs Tamyras

Regards

by Aurélie Carton 28. janvier 2010 02:48
La pointe de ses cils
Je m’y tiens immobile
Sa pupille comme une île
Fragile, je vacille

Regards en miroir
Velours noir, paupières d’ivoire
L’iris est sombre
Espoir

Reflet de soi
Dans chaque prunelle
Ombres jumelles
Œil grenat

Focale familière
Bref éclat de lumière
Fige l’effroi
Je me noie

Balbutiement du monde
Au bord de ses sourcils
La mer et la nuit se confondent
Confiante, je vacille

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Article Un

by Aurélie Carton 11. janvier 2010 02:22
A l’aurore du siècle, j’ai ouvert ma fenêtre à la face du monde
J’ai regardé au Nord, au Sud, à l’Est, à l’Ouest

J’ai vu les barreaux des cachots pour prisonniers d’opinion
J’ai vu un homme tenu en laisse, à l’intérieur d’une prison

Dans les balbutiements du siècle
Trop de voix se sont tues
Trop de plumes suspendues

Dans la poussière du monde
J’ai croisé les regards hagards des réfugiés
Dans chaque prunelle, j’ai lu le fol espoir des déplacés

Sur des radeaux, sur des rafiots
Sur des boutres, dans des soutes
J’ai vu des peuples entiers prendre la route
Puis j’ai pleuré leurs vies englouties et leurs rêves anéantis

Dans le vacarme des villes
J’ai deviné les chaînes invisibles de nouvelles servitudes
Et les cris muets des demandeurs d’asiles

A l’aube de ce siècle
J’ai écouté le bruissement du monde

J’ai entendu le hurlement d’une fillette excisée
J’ai entendu la douleur d’une femme vitriolée
Le silence de celle que l’on a violée


J’ai perçu les chuchotements des humbles
Leur misères exploitées
Et puis leur rire aussi

J’ai cru que ni la couleur ni le sexe n’importait
Et je me suis trompée
J’ai vu un homme aimant un homme parmi les suppliciés

Sur les marchés du monde
J’ai vu brader l’AK47 et flamber les prix de l’AZT

Perchée sur le balcon du monde
J’ai vu la neige rougie de tous les crimes en Tchétchénie
J’ai lu « plus jamais ça » et j’ai connu le Rwanda

Au mitan de ce siècle, j’ai craint que l’Homme ne s’éclipse
J’ai regardé le ciel, interrogé la lune, imploré les étoiles
C’est alors que je t’ai vu ouvrir une nouvelle page sur le vieux grimoire de l’Histoire
Et pour tous les matins du monde, et pour chacun de nos destin
Inscrire en lettre d’or l’article 1 des droits humains

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Le Balto

by Aurélie Carton 6. janvier 2010 03:37

Amarré en coin de rue, en face de la gare, le Balto est un havre en hiver, un repère pour l’étranger une étape pour le salarié. Près de l’entrée, au bout du bar, une cahute est tenue par Simone ou Françoise, enfin par la femme du tôlier. On y perd ses sous et sa santé. On y achète son loto et ses Malboros. Le lino du Balto est couvert de mégot et les murs de photos, sauf derrière le tôlier, tapissé de bouteilles renversées : Martini on the Rocks, Suze, Pinau, Porto.
Accoudés au zinc, les habitués s’alignent comme des tours de Pise face à leur blonde, à leur rousse, à leur rouge et à leur petit blanc.
Le Balto sent le chaud, le familier. La météo est embrumée. On y noie son chagrin, on y rêve son destin et puis on cause, on jase. Dans le Nord, on dégoise.
C’est le royaume de la piécette, 30 centimes les cacahuètes, 50 les sucettes,
20 pour les toilettes. Pour les durex, je ne sais pas, c’est en cachette.
Les Baltos contemporains s’ornent d’une télé en coin, les plus anciens d’un aquarium, parfois d’un juke box. Il chante Trenet ou Jo Dassin.
Le temps file au Balto et la voix enfle lorsque la nuit s’avance. Les solitaires au bar se perchent sur de hauts tabourets pour faire croire qu’ils sont en compagnie. Ils fument, boivent et regardent le vide ou les jambes des dames. Mais les dames sont en salles. Elles paient plus cher pour échapper à la lucidité cruelle de l’éméché du zinc.
Les Baltos de province exhibent les coupes en argent du champion local et des articles jaunis racontent ses exploits. Les lycéens terminent leurs devoirs en grignotant un jambon beurre, les cancres préfèrent le flipper.
Au Balto on abandonne un bout d’enfance, on entre dans l’adolescence.
Le badaud est le roi du Balto. L’ennui, acquiert une légitimité, une certaine dignité. Il est bon de ne rien faire au Balto. On bulle, on oublie et à minuit, sorti du bar, on titube sous la lune.

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