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Joëlle Giappési

C es jeunes qui me tiennent...

by Joëlle Giappési 21. août 2008 12:01

Ils sont vingt-cinq. Ils sont cinquante.

C'est très vite que je sais: Ils sont beaucoup plus que je ne croyais.

Ils sont jeunes. (Ce mot-là, quelque chose à voir avec genuine?) 

Ils ont entre 18 et 22 ans.

Ils sont exigents, durs, sans compromis

Tu connais ça Joëlle?

L'exigence?

L'absence de compromis? de compromissions?

Oui, je connais, oui.

Mais le pardon, alors? 

A bientôt.

 

 

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A l'inconnu d'hier

by Joëlle Giappési 15. juillet 2008 12:52

14 Juillet 2008. La Résidence des Pins, domicile de M. l'Ambassadeur de France, est magnifique. Eclairées de psychédélique, les sculptures ottomanes de la façade rivalisent de finesse. De la dentelle de pierre, zébrée de rouge et de vert et de jaune et de violet... Magique, le spectacle. Magique la nuit.

Je rentre à petits pas, cherchant ma voiture dans le parking. Regrettant déjà que la fête soit finie. Je m'écarte pour laisser passer une voiture, mais elle ne passe pas, elle ralentit. Le conducteur me fait un grand sourire."J'ai a-do-ré votre livre", me dit-il, avec ce sourire. Magique aussi le sourire. Décidément Joëlle, tu fais dans la magie ce soir, tu devrais emprunter la baguette de Harry Potter et faire que le temps s'arrête ici, sur ce sourire... Je me moque de moi. Je ne connais pas cet homme, mais j'ai envie de lui donner une adresse, un numéro, quelque chose. Garder le contact. "Rendez-vous sur le site de Tamyras, lui ai-je dit. Sur le blog de Joëlle".

Allez, monsieur l'inconnu d'hier soir. On a rendez-vous ici-même!

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Le chant des sirènes

by Joëlle Giappési 14. juillet 2008 14:47

I have to show you something, me dit-il. J'attends, je ne suis qu'attente, crochée à ses mots, à ses gestes à son souffle. Il a retiré ses lunettes et je retrouve, frappée au coeur, l'harmonie du visage, la magie de l'alchimie. Je redécouvre que je peux désirer un homme avec violence.

Il retire posément sa chaussure montante, sa chaussette médicale, et exhibe sa jambe qui s'arrête un peu plus haut que la cheville, juste en bas du mollet et qui me rappelle, par sa forme, les faunes que ma fille aime à dessiner. Je regarde la jambe mutilée, remonte vers le visage, le regard comporte du défi. Can you cope with that?

Non mais qu'est ce qu'il croit, que cette vision dantesque pourrait refroidir mon désir? Depuis quand l'infernal me refroidirait-il? Peut-être d'ailleurs qu'elle le devrait, pourquoi alors mon désir est-il encore plus intense, plus douloureux? Je tends la main, je veux toucher le moignon, c'est drôle qu'un moignon de jambe mutilée soit si doux au toucher, aussi doux qu'une peau de jeune fille. Je veux remonter la main, toucher plus haut, mais je la retire, saisie de pudeur, saisie de peur: et s'il ne me désirait pas, lui?

Il remet sa chaussette, sa chaussure montante, reprend ses lunettes, revient aux dessins sur le bureau. Pas encore, pas déjà, mec, retire tes lunettes, je veux revoir le visage nu, je ne veux pas revenir à la distance, à la bienséance. Je veux retrouver ce désir violent qui me laisse tremblante de dedans. Pourquoi faut-il que la pudeur soit plus forte. Pourquoi faudrait-il que je garde le désir à l'intérieur.

J'avais oublié combien le désir peut être impérieux, douloureux.

Regarde-le bien, cet homme, Joëlle. Plus de sept ans que tu attends cet instant, et cet homme. Regarde-le bien, parce qu'il te faut partir. Cet homme-là est hors du temps, hors d'atteinte. Il ne t'appartient pas.  Il vient du monde de la dépendance. Il se came, il est trop accro. A sa came oui, et à Samar aussi. Tu n'es pas de taille, tu vas y perdre ta sérénité, ta liberté. Va-t-en détourne-toi, ce chant de sirènes, tu le connais, tu n'en veux plus.

Je suis partie. Je l'ai laissé là, dans mon appartement, et je suis partie. A mon retour, il n'y était plus. J'ai tourné en rond dans l'appartement, cherchant ses traces, attentive au vide qui se creusait en moi. Insupportable. Seigneur, remplis le vide, il est insupportable, je ne peux pas le supporter. 

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Comme un écho de moi

by Joëlle Giappési 7. juillet 2008 00:56

Il m'a dit: "Je peux vous poser une question?"

"Bien sûr", je lui réponds, un peu surprise. Il n'est pas dans ses habitudes de me poser des questions directes. Inconsciemment, je bande mes nerfs dans l'attente de la question, m'efforce de les détendre dès que je m'en aperçois. Allons, me dis-je avec un sourire intérieur, laisse-le te poser ses questions. Et surtout, réponds-y.

- Vous n'avez pas craint d'exposer votre fille, avec la parution du livre?

Oh, le poids de la question. Je n'ai pas besoin de le regarder, j'entends sa voix, ses mots. Si lourds que je relève le pied de la pédale d'essence. Nous ralentissons. Je décide de m'arrêter tout à fait et me gare sur le bas-côté de la route, pour me tourner vers lui. Il continue, à peine conscient de notre arrêt:

- Oui, tout ce passé déballé, publié, médiatisé... Vous n'avez pas craint les retombées, pour elle?

Il a 16 ans. Il est le copain de ma fille. Il a pour lui toute l'intransigeance de l'adolescence. Et moi, qu'est ce que j'ai pour lui? Pour moi? Sûrement pas de certitudes à partager. "Bien sûr, j'ai eu peur, je lui ai dit. Mais il fallait que je le publie. Je l'ai écrit pour elle aussi. Et, dis-moi, où aurais-je dû avoir le plus peur pour elle? Quand je l'ai publié? Ou quand je prenais de l'héroïne? Ou encore, quand j'étais en prison, et qu'elle se sentait obligée de mentir à mon sujet?"

Ah, le doute. La question pénètre, chemine, sème le doute en lui. Tu lui as rendu la pareille, me dit mon autre, l'ado. Tais-toi, l'autre. Je n'ai pas de pareille à lui rendre. Sa question n'est que l'écho de mes propres doutes. 

 

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Une journée hors du temps

by Joëlle Giappési 15. juin 2008 11:44

Samedi 14 Juin, je cherche un club de location de vélos sur la route côtière du Nord. Samedi prochain, je veux inviter ma fille et ses copains à faire du vélo et à se baigner dans la mer, dans des criques inconnues du rivage libanais du Nord. Oui, mais où? Où trouver un club de location de vélos? Le dernier connu dans ce coin a fermé ses portes, l'an dernier, me dit-on. Wahaha, y a vraiment pas beaucoup de libanais qui aiment assez l'effort physique pour pédaler. Bon, mais les touristes? Doit bien y avoir un club pour touristes? Non, me dit-on. Les touristes, y-font-les-souks.

Je m'acharne, je m'entête. Il fait beau et chaud, il fait bleu partout. Bleu de ciel, bleu de mer... Lauriers roses fleuris en abondance. Je cherche les criques inconnues. Bon, où trouver des criques inconnues sur ce rivage, dans un pays qui ne fait pas plus d'une tête d'épingle sur la mappemonde? Dont les rivages ont presque tous été cédés à des pontes du loisir balnéaire? Et dont les habitants se servent des criques comme décharges publiques... Allons, Joëlle, sois pas médisante. Il a du bon ce pays. Ce peuple aussi. Oui, c'est vrai. Mais qu'est ce qu'il lui faut comme éducation civique...

A l'un des détours de la route côtière, j'abandonne la voiture. Je ne vois plus la mer. Où est-elle passée? D'un seul coup, elle a l'air très loin, et il me vient l'envie de la retrouver. J'approche a pied du bord du talus, ou ce qui en tient lieu. Je cherche la mer.

La crique est là, bien là. En fait de talus, un pas de plus dans les roseaux et je tombais 10 mètres plus bas, sur le gravier fin d'une crique oubliée du monde. Une crique du fond des temps, à l'eau claire, belle, transparente, où même à cette hauteur, je peux distinguer des bans de sardines argentées, batifolant dans des rochers à fleur d'eau, et dans des fonds d'un bleu si profond qu'on se demande quelle est la profondeur du fond... Je laisse tomber la recherche des vélos, je veux aller me baigner, là, tout de suite. Comment descendre? Je fais le tour. Wow, rien pour descendre, pas même un sentier de chèvres. Qu'à cela ne tienne. Y a des roseaux, des ronces, des roses trémières... Accroche-toi, Joëlle. Descends.

Je descends. J'arrive! J'arrive! La mer est là. Aussi belle qu'elle me l'avait semblé, de là-haut. Je plonge aussitôt, faisant fuir de mes bras les poissons, pas plus effarouchés que ça... Allons ce pays a encore du bon. 

Ce soir-là, saoule de soleil, de lumière, de bleu de mer, de plaisir, j'ai fini par trouver un club de location de vélos. Et plein de criques, pas plus grandes que ça, pas toujours oubliées, mais si belles... J'ai même trouvé des gens qui nettoyaient les criques. Comme quoi, faut jamais désespérer.

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Contact indirect

by Joëlle Giappési 11. juin 2008 01:44

Beyrouth le 5 juin 08

Il avait dit qu'il viendrait. L'avait-il vraiment dit, ou juste laissé entendre? J'ai cherché, dans la foule des visages qui se pressaient autour de moi, sa chevelure noire désordonnée, ses lunettes et ses yeux noirs pailletés de taches de soleil. Je ne les ai pas trouvés. L'aurais-je raté? Pourquoi donc pensais-je qu'un train m'attendait à cette gare-ci? Il avait dit "Tomorrow… at CCF." Cela ressemblait bien pourtant à un rendez-vous…Ce n'est qu'au soir de cette journée-là, m'étendant enfin dans mon lit, que j'ai pensé: normal, tout ça. N'a-t-il pas toujours évité le contact direct? Et moi-même, n'aurais-je pas été déçue si ce contact avait eu lieu? Garde ton mystère, mec. Je garderai mon rêve. Tu as raison, c'est mieux ainsi.

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Bienvenue sur ce blog!

by Joëlle Giappési 6. juin 2008 05:32

J’ai écrit “Les murs ne font pas la prison” pour moi, pour me permettre de dépasser mes prisons successives – la culpabilité, la dépendance à l’héroïne, la condamnation de la société. Pour que justement, ces prisons deviennent de l’histoire ancienne. En les rendant publiques, je me débarrasse aussi de la peur, qui rend la prison si redoutable. 

Mais j’adresse mon récit à ceux qui souffrent de dépendance et luttent pour en guérir. Certes, je n’ai pas de recette miraculeuse à leur offrir, mais je sais que parler, et être écoutée, m’ont rendu les choses plus faciles lorsque j’ai vraiment décidé de choisir la vie.  

Enfin, à tous ceux qui ont souffert d’être enfermés dans des murs… 

Avec vous tous, pour qui ce récit trouve un écho dans votre vécu et qui aimeriez échanger vos impressions, je serais heureuse de pouvoir partager.

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