• Feed
Explorer l'univers des auteurs Tamyras

Le chant des sirènes

by Joëlle Giappési 14. juillet 2008 14:47

I have to show you something, me dit-il. J'attends, je ne suis qu'attente, crochée à ses mots, à ses gestes à son souffle. Il a retiré ses lunettes et je retrouve, frappée au coeur, l'harmonie du visage, la magie de l'alchimie. Je redécouvre que je peux désirer un homme avec violence.

Il retire posément sa chaussure montante, sa chaussette médicale, et exhibe sa jambe qui s'arrête un peu plus haut que la cheville, juste en bas du mollet et qui me rappelle, par sa forme, les faunes que ma fille aime à dessiner. Je regarde la jambe mutilée, remonte vers le visage, le regard comporte du défi. Can you cope with that?

Non mais qu'est ce qu'il croit, que cette vision dantesque pourrait refroidir mon désir? Depuis quand l'infernal me refroidirait-il? Peut-être d'ailleurs qu'elle le devrait, pourquoi alors mon désir est-il encore plus intense, plus douloureux? Je tends la main, je veux toucher le moignon, c'est drôle qu'un moignon de jambe mutilée soit si doux au toucher, aussi doux qu'une peau de jeune fille. Je veux remonter la main, toucher plus haut, mais je la retire, saisie de pudeur, saisie de peur: et s'il ne me désirait pas, lui?

Il remet sa chaussette, sa chaussure montante, reprend ses lunettes, revient aux dessins sur le bureau. Pas encore, pas déjà, mec, retire tes lunettes, je veux revoir le visage nu, je ne veux pas revenir à la distance, à la bienséance. Je veux retrouver ce désir violent qui me laisse tremblante de dedans. Pourquoi faut-il que la pudeur soit plus forte. Pourquoi faudrait-il que je garde le désir à l'intérieur.

J'avais oublié combien le désir peut être impérieux, douloureux.

Regarde-le bien, cet homme, Joëlle. Plus de sept ans que tu attends cet instant, et cet homme. Regarde-le bien, parce qu'il te faut partir. Cet homme-là est hors du temps, hors d'atteinte. Il ne t'appartient pas.  Il vient du monde de la dépendance. Il se came, il est trop accro. A sa came oui, et à Samar aussi. Tu n'es pas de taille, tu vas y perdre ta sérénité, ta liberté. Va-t-en détourne-toi, ce chant de sirènes, tu le connais, tu n'en veux plus.

Je suis partie. Je l'ai laissé là, dans mon appartement, et je suis partie. A mon retour, il n'y était plus. J'ai tourné en rond dans l'appartement, cherchant ses traces, attentive au vide qui se creusait en moi. Insupportable. Seigneur, remplis le vide, il est insupportable, je ne peux pas le supporter. 

Soyez le premier à noter ce billet

  • Currently 0/5 Stars.
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5

Tags: , , , , ,

Powered by BlogEngine.NET 1.0.1.0
Theme by Mads Kristensen