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Eloge du myope

by Aurélie Carton 16. juin 2010 02:33
Le myope est un poète méticuleux. 
Attentif au détail, il ignore l’accessoire. 
Le myope reprise à merveille. 
Précis, délicat, il épile l’écharde douloureuse, l’aiguille d’un oursin. 

Le myope est familier du Z mais confond le n, le r et le m en une même vague voluptueuse. 
Quand il ôte ses lunettes, il se déconnecte du monde, se retranche en lui-même. 
Chaque matin au réveil, ensuqué de sommeil, il chausse ses verres pour affronter le réel. 
Un réel acéré. L’excès de netteté l’agresse comme une lumière trop crue. 

Le vieux myope a des rides autour des yeux et l’on croit que la vie lui a sourit. 
Le jeune myope cède à la coquetterie, il trahit la fratrie, opte pour des lentilles. 

L’enfant myope attendrit avec ses lunettes rondes, rouges ou vertes, posées sur le bout de son nez. 
Traité de binoclard dans la cour de récré, il joue les intellos, est dispensé du sport, évite les bagarres. 
L’éternel ébloui auréole une lampe, une bougie, une étoile d’un halo de lumière. 
Effaré par un phare, il se réfugie dans le flou.
Ne le bousculez pas, le myope est un doux ! 

Et lorsqu’une femme l’approche, avec un sourire, avec son désir, 
elle lui retire sa prothèse oculaire pour le regarder de tout près et le voir pour de vrai.

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